Eve-Ange Specht
10 avril 2020
Il y a une photo.
Mais je ne sais plus, qui est dessus ?


Chapitres
Prologue
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
Épilogue
III.
Hugo a dégueulassé sa dernière chemise avec les chouquettes. Des traces d’huile partout sur le décor hawaiien. Il me fait peur des fois. Je
vide mes poches avant de mettre ma robe dans la machine.
Je tombe sur un papier.
« 2 rue du Chêne, Albainville 55001. »
Je tombe aussi sur un vieux mouchoir. J’ai failli ruiner tout un tambour dis donc.
Je vais dans le salon et Hugo est en train de comater sur le canapé. Je me fais un thé et je m’assieds à côté de lui, ordinateur à la main, prête à faire plus de recherches sur Albainville.
Je ne sais pas du tout ce que fait ce papier, là. Il est tout fripé et je reconnais mon écriture.

Hugo se réveille et sort une sorte de grognement. Je le regarde avec amour et dégoût. Ses yeux sont rouges et gonflés, je ne sais pas de quelle substance il a abusé aujourd’hui encore. Il lance un regard vers ma tasse de thé, et je ne saurais pas le dire autrement, il me klaxonne dessus avec un genre de grincement vocal.
« _EEEeeeeeeeeeeeeeeeeehhhhh »
« Quoi ? »
« Mais tu bois ça, genre, tous les jours ?»
Je prends ma tasse et rien ne me semble anormal.
Hugo laisse tomber sa tête lourdement sur un coussin. Je n’y pense pas à deux fois, je bois une gorgée et je commence à écrire.
22 avril
La recherche de mon passé continue. J’ai retrouvé un vieux blog qui pourrait contenir des informations très pertinentes.
Soudainement je ressens une douleur diffuse dans mon front. J’ai aussi trouvé un papier.
Un papier avec une adresse ! Encore une. Le mal de tête est plus intense. Je tends ma main vers la tasse de thé, mais le mal de tête est trop intense. La tasse se renverse. Un souvenir me revient. Je m’écroule et le thé s’écoule dans un long goutte à goutte.
C’est Hugo qui me réveille. Il pose sa main sur mon épaule. Je suis encore étourdie. Je l’entends me dire quelque chose.
« J’ai jeté tout ton thé. »
« Pardon ? »
« Je suis déjà passé par là. Crois-moi, tu t’avances vers un puit sans fond. »
« Ah bon, moi qui croyais être dans le salon. »
« Je suis sérieux. »
Je le regarde et je suis étonnée qu’il soit autant inquiet. Je pensais qu’il se serait habitué à mes malaises vagaux.
« Je vais bien, ce n’est rien. C’est la fatigue. »
Hugo vient s’asseoir près de moi.
« Tu sais, j’ai déjà été fatigué, comme toi. »
C’est rare d’entendre Hugo parler de lui. Je me servirais bien une tasse.
« Et des fois, j’étais fatigué d’être fatigué. Vivre, c’est dur. Des fois, c’est impossible. J’avais énormément de mal à habiter mon corps. Je ne voulais plus sentir ses craquements, ses bruits. Je ne voulais plus sentir ma peau et les cicatrices qui l’habillent. »
Je rêve ou il a bien dit qu’il avait jeté mon thé ?
« Alors j’ai voulu échapper à mon corps. Tu pouvais me filer à peu près n’importe quoi. N’importe quoi qui rendrait ce monde plus doux. Je ne cherche pas à te faire la morale, d’ailleurs, je pense que c’est très bien de se droguer, des fois, c’est nécessaire. Mais ce n’est pas durable. »
« Je rêve ou t’as jeté mon thé ? »
« Oui. »
« Je ne t’ai jamais demandé de changer quoi que ce soit. Je ne viens jamais te voir pour te dire comment vivre. »
Je me lève et je vais voir dans la poubelle. Espèce de merde, il a recouvert ça avec de l’huile et de la cendre. Je n’arrive pas à y croire. Je n’arrive plus à penser, je regarde juste la poubelle. J’ai les larmes aux yeux. Ce n’était pas à lui de faire ça. Mon mal de tête résonne encore derrière mes yeux. Je sens une espèce de nausée. Des images traversent ma tête comme des flashs lumineux qui se font échos. Tout résonne. La nausée est plus forte. Je vais vers les toilettes. C’est sérieux, quand est-ce que c’est devenu aussi sérieux ? Une douleur aiguë me traverse le crâne. J’ai mal, je me mets à pleurer au-dessus de l’évier. J’entends une voix.
« Élodine chérie »
« Maman ? »
Mais d’ailleurs, qui est … ma … Je …

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