SAVOIR – ECONOMIE DES MINERAIS SOUS TENSION

PREMIERE PARTIE : Bataille des MINERAIS SYMBOLE DE GUERRE ECONOMIQUE, ETAT DES LIEUX

Courtesy to Jean Girardin

PREAMBULE

Un minerai (du latin minera, mine) est le nom donné à toute roche contenant des minéraux utiles en quantité suffisante pour justifier l’exploitation, et nécessitant une transformation pour être utilisé par l’industrie. Il existe des minerais métalliques comme le fer, le cuivre ou le plomb, et non métalliques comme les phosphates ou les diamants. La teneur d’un minerai correspond au pourcentage de métal contenu et varie d’un métal à l’autre. L’activité minière comprend la prospection et l’exploitation des mines.

L’importance accordée aux métaux remonte à l’Antiquité. Six métaux seront au centre des relations économiques et géopolitiques mondiales jusqu’au 19e siècle : l’or, l’argent, le cuivre, l’étain, le fer et le plomb. Leur usage industriel et l’expansion des autres métaux ne datent que du 20e siècle, et de moins de trente ans pour les métaux rares. Aujourd’hui, plus de 80 produits miniers métalliques ou non métalliques sont exploités, comme la potasse, les phosphates et les diamants et dont la demande croît régulièrement, faisant craindre un tarissement des ressources. Dès le 19e siècle, la puissance des pays repose sur l’accès aux ressources naturelles. Au début du 20e siècle, sur les douze principales entreprises américaines, dix exploitaient des ressources naturelles. Aujourd’hui, l’intérêt pour le contrôle des matières premières énergétiques concerne, en particulier, des minerais rares indispensables pour la fabrication des produits de haute technologie non immatériels. Le cours de l’or, le paiement en droit d’exploitation des mines et l’accord sur les minerais entre les Etats Unis et l’Ukraine montre la valeur attribuée aux minerais.

L’Afrique, continent oublié de la scène médiatique au sortir de la guerre froide, fait l’objet à présent de toutes les attentions par les puissances extérieures, pour ses ressources pétrolières et minières. Ainsi, la Chine, à l’affut de toutes les opportunités de gisements de matières premières, intervient dans le développement des pays africains à travers la construction d’infrastructures, en échange de l’obtention de droits d’exploitation de gisements. Elle a promis à l’occasion du Forum sur la coopération sino-africaine de septembre 2018, de consacrer 60 milliards de dollars, sous forme de dons, d’investissements et de prêts, au continent africain pour les trois années à venir. Toutefois, la possession de matières premières n’est pas nécessairement une bénédiction : sur les 53 pays riches en ressources naturelles, soit les pays qui tirent plus du quart de leurs recettes budgétaires de leurs activités extractives, nombreux figurent parmi les plus pauvres de la planète. La mauvaise gestion, la corruption, la gabegie, affectent ces pays riches en matières premières. Et, à ce triste état de fait, s’associent de nombreux conflits internes : des groupes armés rebelles ou des guérillas intensifient leurs activités militaires non dans un but premier politique, mais le plus souvent pour tirer profit de la rente minière, qui demeure, par ailleurs, une source importante de financement. La République démocratique du Congo (RDC) est une illustration criante de ce constat (e.g. Charles ONANA « Holocauste au Congo : l’Omerta de la communauté internationale » éditions l’Artilleur).

Le poids stratégique des métaux
Métaux stratégiques

Le minerai de fer est la principale production minière métallique (1,5 milliards de tonnes en 2015). Notons que le fer n’est pratiquement pas utilisé à l’état pur, mais il est le constituant majeur entrant dans la production de l’acier (à 65%).

Outre le fer, les grands métaux industriels sont :

  • L’aluminium utilisé pour la construction, l’emballage, l’aéronautique, les transports,
  • Le chrome utilisé dans les alliages inox et en chimie,
  • Le cuivre pour les applications électriques,
  • Le manganèse dans les aciers alliés,
  • Le zinc intervenant dans la galvanisation et en chimie.

Ces dernières années, la plupart des métaux ont enregistré des croissances différentes : les métaux lourds sont en décroissance, les métaux ferreux enregistrent une faible croissance, les métaux de base ou ceux côté au London Metal Exchange présentent une forte cyclicité et les métaux dits high tech sont sujets à des croissances ponctuelles. Ce classement économique des métaux en quatre grands groupes découle lui-même de l’évolution des usages : construction, produits électroménagers, produits électriques et nouvelles technologies à l’origine de la montée en puissance des métaux rares.

En raison de leur rôle crucial dans de nombreuses filières industrielles comme les hautes technologies, les technologies de l’information et de la communication, les énergies renouvelables, le secteur de la défense, une soixantaine de métaux, dénommés « métaux rares », dont les terres rares, le lithium ou le coltan, sont devenus plus stratégiques, et donc plus recherchés, que d’autres. Leur caractère rare ou stratégique, ou critique est dû tant aux risques liés à leur production et à leur distribution qu’aux nouveaux usages qui en sont faits et aux impératifs de la transition énergétique. L’appétence pour ces minerais va croissant au regard des enjeux économiques et géostratégiques, ainsi que sociaux et environnementaux. Notons que leur degré critique varie d’un métal à l’autre.

S’ajoutent à ces métaux stratégiques, les métaux dits précieux comme l’or, l’argent et les platinoïdes (palladium, le platine, le ruthénium, l’iridium, etc.).

Métaux rares

Les « métaux rares font l’objet de petites productions allant de quelques tonnes à 200 milles tonnes. C’est le cas par exemple des productions annuelles de rhénium (utilisé dans l’aéronautique pour ses capacités de résistance aux hautes pressions et aux températures élevées) et de gallium (métal utilisé dans la fabrication des semi-conducteurs dont la croissance est liée à celle de la téléphonie mobile des communications Wifi et de l’éclairage par LED), dont les volumes, respectivement de 60 et de 430 tonnes, sont loin de ceux du cuivre (de 21 millions de tonnes en 2021). Ces métaux sont des sous-produits de l’industrie minière et métallurgique (le gallium est associé par exemple à la bauxite qui est le minerai de l’aluminium), l’indium se trouve dans des mines de zinc, le rhénium est un sous-produit du molybdène (l’un des métaux les plus résistant). La liste des métaux rares n’est pas stabilisée, s’étant enrichie avec le temps de nouveaux métaux. Une dizaine de ces métaux étaient exploités dans les années 1980, contre une soixantaine aujourd’hui, et dont certains sont davantage connus que d’autres comme le cobalt, le gallium, le lithium, le tantale, le titane, etc.

Leur mode d’extraction pèse sur leur prix car leurs quantités produites dépendent de celles des métaux principaux. En outre, le raffinage, le recyclage et le traitement métallurgique de ces minerais sont plus compliqués et plus nuisibles pour l’environnement que ceux des grands métaux. Notons que si les ressources apparaissent suffisantes pour couvrir les besoins futurs liés à l’essor des technologies de bas carbone, les difficultés sont davantage d’ordre géostratégique, économique et environnemental, car les activités de production et de séparation des terres rares génèrent de la pollution. Elles requièrent, en outre d’importantes quantités d’eau. A l’horizon 2030, la demande mondiale en aimants qui était de 125 000 tonnes en 2019, est attendue entre 200 et 320 000 tonnes. En termes de volumes, la plus forte augmentation est attendue dans le secteur des véhicules électrifiés passant de 9% à 25% du total en 2030, soit 50 000 tonnes d’aimants. L’électronique occuperait la deuxième place avec 20% du total, suivi du secteur éolien avec une part qui pourrait atteindre 10 à 15% en 2030 contre 9% en 2019 (réf : « Les marchés mondiaux 2023 » La revue Cyclope, éditions Economica). En 2022, la production minière mondiale de terres rares est estimée à 300 000 tonnes contre 290 000 tonnes en 2021.

Terres rares

Le groupe comprend également une famille spécifique appelée « terres rares » (les lanthanides constitués de 16 éléments métalliques), auxquels s’ajoutent l’yttrium et le scandium. Il existe, en outre, 17 terres rares dont les plus utilisées comme le cérium, le lanthane et le néodyme. Il ne s’agit pas à proprement parler de terres mais de métaux réactifs avec les autres éléments, et ne se trouvant jamais à l’état pur dans la nature. Elles sont qualifiées de « rares » au regard des besoins qui sont devenus importants pour de nombreuses applications de haute technologie dont la fabrication des aimants, les catalyseurs, le polissage, la métallurgie, les batteries, les verres, les céramiques.

Pays le plus doté de terres rares, la Chine s’est affirmée dès les années 80 comme un acteur majeur du marché des terres rares sur les bases d’une politique volontariste qui a permis aux entreprises chinoises, une cinquantaine, principalement étatiques, de prendre le contrôle du marché et d’inciter les compagnies étrangères à abandonner leur production. Après avoir concentré 97% de la production mondiale, la Chine produit actuellement 60% des terres rares du monde et en détient 36% des réserves. « Le Moyen Orient a son pétrole et la Chine ses terres rares » déclarait Deng Xiaoping en 1992, à l’origine de la modernisation de l’économie chinoise. La Chine avait alors imposé des quotas sur ses terres rares de 2004 à 2014 au point de générer une flambée des prix en 2011 et à une condamnation de la Chine par un panel de L’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2014. Le rôle géostratégique de la Chine n’a cessé de croître dans ce domaine : ainsi, en 2021, la Chine assurait 80% de la production mondiale des aimants. Cette situation de la Chine sur le marché mondial est le résultat d’investissements massifs dans l’innovation technologique et d’une restructuration des implantations, dans le cadre des plans de développement pluriannuels de la filière, tendant à répondre notamment aux problématiques de réduction de la pollution (Source : « Le marché des terres rares en 2022 » article de Gaëtan Lefebvre, MineralInfo).

Le second producteur mondial sont les Etats-Unis avec la reprise de la mine emblématique de Mountain Pass en Californie par l’opérateur MP Materials lequel a bénéficié, à cet effet, d’une subvention de 35 millions de dollars du gouvernement américain pour y construire une usine de raffinage des terres rares lourdes.

Métaux précieux

Les métaux dits précieux sont l’or, l’argent et les métaux du groupe des platines (MGP) : le platine, le palladium, le rhodium, le ruthénium, l’osmium et l’iridium. Sont associées à ce groupe également les pierres précieuses dont le diamant.

L’Or : entre crises géopolitiques et renversement des politiques monétaires

Après avoir connu une modeste hausse de 0,44% entre le début et la fin de l’année 2022, l’once d’or a débuté l’année sur un chemin haussier lui permettant de s’afficher à 2039,1 dollars le 8 mars 2022 et 3324,55 le 10 Mai 2025 (e.g. London Bullion Market Association »). La flambée enregistrée au premier trimestre 2022 est liée à la guerre en Ukraine : selon les données du Conseil mondial de l’or (CMO), l’or a joué son rôle de valeur refuge. Selon les données du CMO, les institutions d’émission n’ont jamais acquis autant d’or que depuis 55 ans (soit depuis 1967). Les banques centrales ont ainsi acheté 1136 tonnes d’or. Notons que l’identité des banques centrales qui ont été acheteuses de ces tonnages n’est pas connue, puisqu’une grande part de ces tonnes d’or n’a pas été déclarée. Ainsi, la Chine qui n’a reporté que 62 tonnes achetées entre novembre et décembre 2022, portant ses réserves au-delà de 2000 tonnes d’or. Or, selon nombre d’observateurs, la Chine aurait acquis bien davantage d’or. Du côté des acquisitions déclarées, la Turquie est première, ayant déclaré avoir acquise 148 tonnes d’or, portant le niveau de ses réserves à 542 tonnes. Pour rappel, l’or a l’avantage de ne présenter aucun risque de contrepartie et de ne pouvoir être gelé par aucune puissance. Ayant fait les frais des mesures de rétorsion américaines, la banque centrale russe pourrait être l’autre acheteur non déclaré des tonnes d’or de l’année 2022.

Les productions de l’or et de l’argent, sont respectivement de 3000 tonnes et de 24 000 tonnes. Après avoir chuté en 2020 avec la pandémie de la Covid-19, leur production est repartie à la hausse. Il est à souligner que la production de l’argent est corrélée à celle d’autres métaux, car plus de 70% de la production sont extraits de mines dont l’argent est un sous-produit (plomb, cuivre et or). L’or se trouve, pour sa part, soit à l’état natif sous forme de pépites ou d’alluvions fluviales, soit dans des mines sous forme métallique, ou encore allié à l’argent, au cuivre, l’uranium. Les usages industriels de l’argent sont plus nombreux que ceux de l’or : plus de 50% de l’argent sont utilisés dans des applications industrielles (panneaux solaires, des véhicules électriques ou non, alors que pour l’or, la part est moins de 10% malgré une utilisation essentielle pour la fabrication des smartphones, des ordinateurs, des télévisions et les circuits électroniques des véhicules spatiaux.

S’agissant du platine et du palladium, 60% des métaux du groupe des platines sont utilisés pour les convertisseurs catalytiques pour la réduction des émissions d’échappement des véhicules, surtout des véhicules diesels, le palladium étant utilisé pour les véhicules à essence. Ces métaux sont également utilisés pour la fabrication de produits chimiques et électroniques, ainsi que pour la joaillerie. 70% du platine mondial est produit par l’Afrique du Sud, ainsi pour plus de 80% de l’iridium et du rhodium et 90% du ruthénium. De son côté, la Russie est le premier producteur de palladium avec 42% de la production mondiale, devant l’Afrique du Sud (37%).

S’agissant des diamants et des pierres précieuses, les diamants sont les pierres la plus échangées sur les marchés et l’un des matériaux naturels les plus durs qui soient. Si les diamants les plus purs sont utilisés en joaillerie, les autres connaissent un usage industriel. La filière des pierres précieuses est contrôlée par le NDC (Natural Diamond Council) qui regroupe les 7 plus grands producteurs et 75% de la production mondiale. Si les diamants sont éternels, les conditions pour les produire ne le sont pas toujours. L’année 2022, a été marquée par une actualité géopolitique chargée, et plus particulièrement par un embargo décrété par les Etats-Unis, sur plus d’un quart de la production de pierres brutes. L’univers diamantaire a été l’un des plus exposés aux sanctions liées à l’invasion de l’Ukraine, la Russie en étant le plus important contributeur en volume jusqu’en 2021. Ainsi, les ventes de la principale société russe, ALROSA, ont chuté de 30% en 2022, tandis que le groupe De BEERS enregistrait une hausse importante de ses ventes. La société, ALROSA, qui contrôle un tiers des diamants vendus dans le monde, a suspendu son adhésion au NDC en mars 2022 à la suite de la guerre en Ukraine. Si les diamants de la guerre ne représentent plus qu’une petite proportion du commerce total, les diamants illégaux continuent de se retrouver sur le marché, y compris au sein de l’Union européenne. De l’autre côté de l’Atlantique, les importations chinoises ont baissé de 50% sur le premier semestre de l’année 2022, en raison de la politique zéro-covid décrété par la Chine, et les reconfinements qu’elle a imposés.

Deuxième partie : Métaux électriques, Uranium, enjeux deS stratégieS de sécurisation

Courtesy to Jean Girardin

Publication à venir 15 Juin 2025