FICTION – Conte à rebours : Léonine. Chapitre VI

Eve-Ange Specht

10 avril 2020

Il y a une photo.

Mais je ne sais plus qui est dessus ?

Chapitres

Prologue
I.
II.
III.
IV.
V.
VI.
VII.
Épilogue

VI.

Il n’y a personne et pourtant j’ai gardé cette impression d’être observée. C’est si désagréable que ça me fait trembler. D’habitude, j’aurais peur d’entrer dans une maison vide, mais pour échapper à la sensation d’être fixée, braver cette peur ne me semble pas très dur. La porte n’est pas fermée, alors je rentre.

Je me tiens face au couloir à l’entrée, et je ferme doucement la porte derrière moi. Je n’ose pas tourner le dos à l’intérieur de cette maison. Je suis face à des escaliers, l’un mène en haut et l’autre en bas. À gauche un salon, et à droite une cuisine. Je me tiens toujours la porte collée à mon dos. La maison est silencieuse. Pas un bruit.

Je me mets à pleurer. Des larmes que je n’arrive pas à retenir s’échappent vers mon menton. Je mets la main sur ma bouche pour ne pas faire de bruit. Je pleure d’incompréhension, de fatigue, de faiblesse.

Pourquoi n’y a-t-il personne ? Pourquoi suis-je coincée dans ce cauchemar ? Personne ne viendra me sauver. Je suis seule. Je suis seule. Une minute … je suis seule ! Je me retiens de pleurer ? Je ne fais pas de bruit ? Mais il n’y a personne ! Toute ma tristesse se transforme en colère. Mes larmes s’arrêtent net. L’injustice, le martyre, très peu pour moi. Je crie.

« BANDE D’ENCULÉS !!! VOUS ME FAITES CHIER ! JE VAIS VOUS TUER ! »

Je me mets à rire. C’est bien moi la plus terrifiante ici ! Entrer chez les gens pour les menacer de les tuer. Je ne peux m’empêcher de trouver ça drôle. Je n’ai plus peur de cette maison. Je n’ai plus peur de ceux qui m’observent.

« Regardez ! regardez-moi ! HAHA ! »

Je chantonne en me baladant dans la maison. Elle est à moi maintenant ! Je monte sur le canapé, renverse les coussins, renverse le canapé ! Je vais dans la cuisine, j’ouvre les placards, pique dans des boîtes de céréales.

« Regardez ! Vous n’en avez pas marre de regarder ? »

Je virevolte, je me regarde danser dans cette absurdité.

Un village vide ! Un kidnapping !

Du thé qui fait perdre la mémoire ! Une tasse vache ! Une seconde. Une tasse vache, une tasse vache, une tasse vache ? Deux secondes ! Trois secondes ! Il y a un moment de silence, je me stoppe et je regarde une tasse vache.

« Michelette. »

Alors vous êtes peut-être un peu perdus mais pour moi, c’est le seul moment qui ait eu un peu de sens depuis longtemps. Une joie immense me traverse car je viens de me rappeler ! Depuis si longtemps que rien n’a de sens, que tout est sans cesse nouveau. Mais pas Michelette ! Michelette, c’est pas nouveau, et ça, c’est nouveau ! Oh ! Je suis tellement heureuse. J’attrape la jolie tasse avec plein d’amour.

« Tu es Michelette la tasse vache de Paulin ! »

À ce moment, c’est comme si la cuisine avait un visage dont je comprenais enfin la forme. Tout avait sa place. Mais après cette réalisation heureuse en vînt une beaucoup plus sombre. Qu’est-il arrivé à Paulin ?

Je garde Michelette auprès de moi en inspectant la cuisine. J’ai le sentiment d’être de nouveau moi-même. Je cherche les tiroirs, les petits meubles, les placards. Je tombe sur une boîte métallique. Je l’ouvre et elle est remplie du thé.

« T’as vu ça Michelette ? »

Mes soupçons se confirment. Les crabes bizarres qui m’ont kidnappée tout à l’heure sont derrière tout ça. Je regarde par la fenêtre, il n’y a que l’obscurité mais je sais qu’ils sont là. Ils ont dû kidnapper Paulin. Je décide de fouiller un peu la maison, avec Michelette bien-sûr.

Je vais dans l’entrée et me mets face aux escaliers, je sens une odeur étrange et j’entends un bruit. Cela vient de l’escalier de droite, celui qui mène en bas. Comme il fait vraiment sombre, je tâtonne sur le mur pour trouver un interrupteur. Mes doigts s’arrêtent sur le bouton. Je prie pour qu’il fonctionne encore. J’appuie, la lumière s’allume. Je commence à descendre les marches doucement, j’ai assez mal aux jambes. Plus je descends, plus l’odeur devient forte. Je serre Michelette.

« Quelle horreur. »

Une porte se trouve en bas des escaliers. Derrière j’entends des petits bruits comme l’aiguille d’une horloge.

Je l’ouvre.

En savoir plus sur Le Journal Rescur

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture