SAVOIR – Vaincre l’ambivalence et rouler avec la résistance

Courtesy to Laurent Agésilas, psychologue du travail, France Travail Région Bretagne – Finistère, agence de Pont l’abbé.

L’entretien motivationnel Face à l’impuissance (des accompagnements et actions précédentes)

Lors de mon activité, j’accompagne des demandeurs d’emploi longue durée ou très longue durée, qui ont bénéficié d’un panel élargi des prestations que l’organisation pouvaient leur fournir. Ils ont “fait le tour” de tous les dispositifs, et pourtant, demeurent toujours inscrits, sans avoir pu accéder à l’emploi. Les conseillers ne savent plus “quoi faire”, quelle action mener pour lever les freins à l’employabilité. Ils se retrouvent alors dans une forme d’impuissance.

Je me trouve confronté aux verbatim suivants :

Mon accompagnement par le biais de l’entretien motivationnel a pour visée d’augmenter la capacité de décision des personnes privées d’emploi par l’aide à la résolution de leurs ambivalences.

Si la motivation peut être définie comme le processus psychologique responsable du déclenchement, du maintien, de l’entretien ou de la cessation d’une conduite (Encyclopédie Universalis). Alors permettre au demandeur d’emploi d’identifier ses différentes motivations, les conflits qu’elles font coexister en lui, est essentiel pour qu’il retrouve son espace de liberté, sa capacité d’agir pour son avenir.

L’engagement d’une approche motivationnelle à travers le cas de Yann.

L’hypothèse 1 : la préparation au changement

L’intégration d’un nouvel emploi ou d’une formation entraîne des changements importants dans la vie quotidienne du chômeur de longue durée. Et certains d’entre eux vont entrer en conflit avec des usages intégrés et appréciés de la vie courante.

L’hypothèse 2 : la résolution de l’ambivalence

L’ambivalence désigne la “coexistence d’attitudes affectives opposées vis-à-vis d’un objet” (Sylvie Metais – Dictionnaire de la psychanalyse), le fait d’être partagé “entre deux volontés contradictoires”.

De la volonté de changement émergera la peur de la perte des avantages liés à leur situation actuelle. Cette ambivalence, si elle n’est pas clarifiée, empêchera leurs avancées, leurs démarches pour aller vers l’emploi. Aider à la résolution de l’ambivalence, permettra une résultante fera naître un acte qui tendra vers le statut quo ou le changement.

Rouler avec la résistance

L’expression du sujet énonce son désir d’indépendance, d’émancipation. Un besoin de sortir de chez ses parents (une situation conflictuelle, de tension désagréable) …et par ailleurs son incapacité à se projeter ailleurs (pour aller où ? Quoi faire ?). Partir ou rester ? A travers ce questionnement de Yann se joue la peur de quitter l’enfance et ces certitudes pour aller vers une indépendance de l’âge adulte pavée d’obligations, d’inconnues et d’incertitudes. Passer à l’acte est source de très forte anxiété. Aussi une aide au questionnement, à une avancée pas petits pas moins chargée émotionnellement peut être un chemin à proposer. J’utilise donc la méthode de l’entretien motivationnel avec Yann :

A l’issu de l’utilisation de la balance décisionnelle, Yann visualise qu’il a plus d’intérêts à changer qu’à rester dans le statut quo. Il décide d’accepter d’être aidé et de se rendre au CSAPA pour échanger et parler de son addiction. Ensuite il essayera d’effectuer une immersion dans un emploi non qualifié de 3 à 5 jours, pour voir ce que cela fait d’être hors de chez lui, loin des écrans avec du monde autour de lui. Des personnes qu’il ne connait pas et qui ne le connaissent pas. Et donc…qui n’ont aucun à priori sur lui.

L’hypothèse 3 : le continuum des motivations

Interroger les motivations des personnes privées d’emploi peut s’avérer un angle d’interpellation, qui amènerait ces derniers, par la compréhension les dilemmes auxquels ils sont confrontés, et la réponse apportée, à avoir la capacité de prendre des décisions sur leur devenir au sein du monde du travail. Pour Deci et Ryan (1985, 2000), la motivation correspond à l’énergie, la direction et la persistance du comportement humain. C’est ce qui pousse une personne à agir, à maintenir un comportement, et à lui donner un sens. Dans leur modèle de l’autodétermination, ils théorisent qu’il existe plusieurs formes de motivations, qui reposent sur un continuum allant de l’absence de motivation (amotivé), à la motivation contrainte (extrinsèque), à la motivation pleinement autodéterminée (intrinsèque). Le comportement qu’adoptera le demandeur d’emploi sera d’autant plus engagé et permanent que sa motivation sera intrinsèque.

Utiliser les échelles de cotations de ses motivations.

Depasser la difficulté de la prise de décision et de l’action

Dans le cas de Yann, la difficulté consiste à l’aider à prendre le plus petit pas décisionnel qui lui permettrait de commencer à “avancer”

Irving Janis et Léon Mann avancent que le besoin de prendre une décision implique un conflit intérieur qui engendre un certain degré de stress. Ils ont développé un outil, la balance décisionnelle, que j’ai utilisé auprès de Yann afin de l’aider à résoudre un part de ce conflit interne, une expression de son ambivalence. Il s’agissait de leur faire évoluer à travers les stades du changement qui ont été théorisé par Prochaska et Diclemente.

La première fois que j’ai vu Yann, il ne se sentait pas concerné par le changement en pensant qu’il était impossible. Il en était au stade de la pré-comtemplation.  Je lui ai apporté des éléments de compréhension sur sa situation, ainsi que les conséquences et risques de laisser perdurer une telle situation sur son état de santé. Il a adhéré à certaines informations et a atteint le stade de contemplation (je reconnais que j’ai un problème). Puis le déroulement de l’entretien motivationnel l’a amené au stade de la préparation (prendre la décision d’un changement). Le stade suivant sera celui de l’action, c’est à dire l’initiation du changement et donc l’engagement d’actes réalisés.

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