Remerciements à Maryline Cannou Specht, Maître de conférences Psychologie, Université Paris Cité.
Le modèle d’égalité que représentent les femmes sportives des métiers de la sécurité est particulièrement inspirant.
Il est inspirant par ce qu’il est aujourd’hui à nouveau prouvé, puisqu’avéré, que des femmes assument les exigences professionnelles des métiers de la sécurité. Il est inspirant également, par ce que leur sportivité pourrait représenter une stratégie de réussite pour toutes les femmes. Leurs qualités sportives pourraient représenter une stratégie de réussite pour tous et dans toutes les professions, si ce n’est dans tous les domaines.
Être sportive, une excellente stratégie de travail ?
Le travail est par définition un effort soutenu. Apprendre à aimer l’activité sportive, c’est apprendre à aimer l’effort. Apprendre une activité sportive, c’est donc apprendre à travailler. La dopamine, les adrénalines et les endorphines aident bien sûr à aimer le sport comme le travail sans distinction aucune. Le travail est donc un engagement corporel. Tout travail engage le corps sans dualisme entre matière et esprit car le travail est toujours physique et cognitif à la fois. On dit ainsi « travailler à corps perdu » pour indiquer une activité réalisée avec énergie et passion, en faisant preuve de qualité d’esprit et de courage. Il me semble qu’il faut avoir du souffle et du cœur pour avoir une âme.
L’engagement corporel est particulièrement signifiant pour les métiers de la sécurité. On dit d’un soldat qu’il « est habitué à faire bon marché de son corps », qu’il ne craint pas d’exposer sa vie, qu’il répond de ses camarades sur sa propre vie, corps pour corps. Un soldat s’engage par ce qu’il tient à des valeurs, des principes et parce qu’il a su en faire des vertus.
Or le sport est une forme spécifique d’engagement corporel, à caractère ludique, suivant des règles déterminées et nécessitant un entraînement. Il peut alors devenir une discipline avec une organisation stricte et des valeurs reconnues collectivement. Et finalement la discipline est une belle stratégie de travail.



Les femmes sportives des métiers de la sécurité sont-elles des exceptions ?
Elles assument la plus haute intensité comme la plus grande charge mentale. Mais si le sport est consubstantiel au travail et plus manifestement consubstantiel aux métiers de la sécurité, le travail est consubstantiel au genre féminin. En effet, selon une approche clinique, le corps féminin est construit à des fins d’endurance, d’engagement corporel extrême et de résilience. Pour parler d’une femme en couche, on dit d’ailleurs « une femme en travail » et ce travail demande du souffle, du cœur et de l’âme. Ainsi, les femmes sportives sont des femmes qui ont cultivé leurs qualités féminines pour se préparer à affronter les situations les plus difficiles.
J’ai retrouvé pour cette occasion la citation de Charles François Dupuis dans son ouvrage « l’Origine de tous les cultes » publié en 1794 : « Celui qui voit le corps de l’homme et ses mouvements voit l’homme autant qu’il peut être vu, quoique le principe de ses mouvements, de sa vie et de son intelligence reste caché ». Si nous prolongeons cette citation, le culte des apparences féminines ne montre la femme qu’autant qu’elle peut être vue, le principe de ses mouvements, de sa vie et de son intelligence reste caché.
Et si nous ne sommes pas tous égaux individuellement, qu’est-ce que cela signifie ?
D’un point de vue sociologique, les différences internationales et contextuelles sont plus importantes que les différences de genre, qu’elles concernent par exemples l’espérance de vie, la taille, la puissance ou l’endurance). Du point de vue de la méthode scientifique, il n’y a aucune raison de ne comparer que les hommes et les femmes qui vivent côte à côte. Les biais sont immenses.
Parfois, l’alimentation, les soins, les encouragements dont nous pouvons bénéficier ne sont pas également distribués. Parfois, l’estime de soi, la confiance ou tout simplement la joie sont interdits et les obligations envers d’autres nous détournent de nous-mêmes. Parfois, la préparation ne suffit pas et l’effort et les difficultés sont tels qu’ils nous limitent.
Le sport peut être alors le symbole d’un principe de puissance et de résilience intérieures. Le compétiteur à l’apparence la plus anodine peut être le combattant le plus dangereux. Nombre d’exploits sportifs sont réalisés par des personnes dont le handicap n’aurait pas même laissé croire à leur possibilité d’une pratique sportive.
Nous ne sommes pas tous égaux mais nous remportons également les mêmes batailles, l’inquiétude et l’insécurité, la tourmente et la bagarre, comme l’a si bien exprimé André Zirnheld.

Le principe des métiers de la sécurité est-il seulement la force ?
Je préfère le juste emploi des forces à l’emploi systématique de la force. La diversité des formes d’engagement corporel, des disciplines sportives et des activités de travail, montrent qu’il s’agit de composer et d’adapter un entraînement en vue d’une pratique sportive, et de composer et d’adapter une pratique sportive en vue d’un travail. Du yoga aux sports de combat, de l’endurance au triathlon, de la danse à l’alpinisme, les pratiques sportives se préparent et préparent à toutes les professions spécifiquement. Le métier devient une complémentarité des forces et nous devenons égaux collectivement.
Pour préciser comment la sportivité répond aux exigences des métiers de la sécurité
Il y a un exercice que j’aime beaucoup. En moyenne montagne, certains chemins sont très intéressants. On peut les faire seul, on peut les faire seul de nuit, on peut les faire les yeux bandés … dans ce dernier cas, seulement si on est bien accompagné. L’exercice consiste donc à entreprendre la montée, les yeux bandés, guidé par un partenaire, et arrivé au sommet, qu’il vaut mieux choisir spectaculaire pour profiter sereinement d’un peu d’endorphine, l’exercice consiste à entreprendre, au retour, la descente en inversant les rôles. Bien sûr, il convient de bien préparer à deux l’itinéraire en fonction des difficultés. Et si possible de prévoir un marcheur de sécurité, on ne sait jamais. Cet exercice montre que les arrangements et les conciliations avec les exigences du travail sont le fruit d’une composition entre une préparation collective et une préparation personnelle.
L’égalité est subtile. Elle n’est surtout pas la standardisation. Il ne faut pas oublier que l’égalité est encadrée par la liberté et la fraternité. Ce qui reste à gagner est à mon sens le discernement dans la perception des qualités de chacun et dans la valorisation de l’exemplarité. Aussi et en conclusion, si les femmes sportives ne sont pas des exceptions, elles sont, pour moi sans aucun doute des modèles exceptionnels.
Maryline Cannou Specht, Maître de conférences Psychologie, Directrice du Master Ingénierie des Risques et des Crises, Université Paris Cité.
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