MÉMO 3D – Saudi Vision 2030 : un rayon de soleil aveuglant les atteintes aux droits humains

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Saudi Vision 2030 : un rayon de soleil aveuglant les atteintes aux droits humains


Remerciements à Noam Brand, Pierre Cherami, Justin Mocogni.


L’Arabie saoudite est historiquement l’un des plus grands producteurs et consommateurs de pétrole au monde. En raison de ses vastes réserves pétrolières, le pays a longtemps privilégié les combustibles fossiles pour sa production d’électricité et pour développer son économie. Cette prise de position a longtemps ralenti les investissements dans les énergies renouvelables comme l’énergie solaire. Or, le changement climatique et les relations internationales font pression sur les pays pour adopter une stratégie de décarbonation. Nous analyserons dans cet article la stratégie de l’Arabie saoudite qui se situe entre dépendance au pétrole, transition énergétique et économique, et éthique. Cela sera abordé par le prisme du plan ambitieux de transformation économique et sociale pour l’Arabie saoudite, « Saudi Vision 2030 », articulé autour de trois thèmes principaux que sont : une société dynamique, une économie prospère et une nation ambitieuse. Abordé plus en détail par la suite, ce plan vise avant tout à réduire la dépendance au pétrole, à stimuler le secteur privé et à créer des opportunités d’emploi pour les citoyens saoudiens.


L’Arabie saoudite : royaume entre le crépuscule du pétrole et l’aube de l’énergie solaire

Pour pallier l’ultra dépendance du pays à la production et l’exportation de pétrole, le royaume a lancé en 2017 le « National Renewable Energy Program » ayant pour but la construction de 59 GW de capacités renouvelables à l’horizon 2030, répartie entre 73% de solaire et 27% d’éolien². Un objectif plutôt élevé puisqu’à titre comparatif, un réacteur nucléaire français produit une puissance moyenne de 3 GW et une centrale à charbon actuelle en produit 1 GW. Ce programme s’inscrit dans une stratégie de transformation du secteur de l’énergie afin de faire de celui-ci une priorité majeure à l’échelle du pays.

Il existe de nombreux projets à énergie solaire qui justifient la forte maturité de l’Arabie saoudite dans ce secteur. En effet, la centrale solaire d’Al Shuaibah (en service fin 2025) devrait générer une capacité de production de 2 060 MW. La centrale photovoltaïque de Al Sadawi d’une production de 2 GW et la centrale solaire de d’Al Masa’a de 1GW sont aussi des projets puissants qui comptent dans la stratégie et dans les objectifs du programme Saudi Vision 2030.

Le royaume saoudien désire être un puissant acteur énergique par le développement de nombreuses technologies au sein de ses programmes d’énergies renouvelables. Afin de devenir le chef de file de l’énergie solaire au sein de la région Middle East and North Africa (MENA), le pays souhaite développer des technologies novatrices autour des solutions de refroidissement des panneaux photovoltaïques du fait de leur meilleure capacité de production à une température régulée. Par la forte aridité exprimée en Arabie saoudite et dans la MENA en général, le refroidissement simple du photovoltaïque à travers la collecte de la vapeur d’eau atmosphérique est une technique susceptible d’augmenter la production d’électricité d’environ 20%³. Il est bon de noter que ces informations sont issues de recherches menées dans le KAUST (King Abdullah University of Science and Technology) et ne sont donc pas indépendantes des intérêts du Royaume.

Ces investissements pour augmenter leur capacité de production d’énergies renouvelables ne relèvent pas d’une volonté de décarbonation de leur secteur énergétique à court terme puisqu’en parallèle existe également un objectif d’augmentation de leur capacité de production quotidienne de pétrole de 7,7% d’ici fin 2027⁴. Ainsi, il s’agirait plutôt de répondre à un besoin en énergie électrique croissant, avec une augmentation avoisinant les 10% prévue dans les années à venir.

L’Arabie saoudite dans une quête perpétuelle de rayonnement à l’international

Au-delà de son positionnement en pionnier de l’énergie solaire, l’Arabie saoudite met en œuvre plusieurs stratégies pour redorer son image sur la scène internationale dans le cadre de sa Vision 2030. Le royaume déploie une stratégie ambitieuse de soft power pour diversifier son économie et améliorer son image internationale [1][2]. Émis pour la première fois en 1990 par Joseph Nye, professeur à la Kennedy School of Government de l’université Harvard (Massachusetts), le concept de « soft power » se définit par « la capacité d’un État à influencer et à orienter les relations internationales en sa faveur. L’État met en œuvre une stratégie d’influence. Il renforce ainsi la légitimité de son action internationale, ce qui constitue également un facteur de puissance. Cette influence s’exerce autant à l’égard des adversaires que des alliés et vise tous les acteurs des relations internationales (organisations internationales, organisations non gouvernementales – ONG, firmes transnationales…). »⁵.

Alimenté par des moyens colossaux, l’Arabie saoudite utilise un lobbying agressif pour s’attirer les plus grands événements sportifs et culturels de la planète. Celui-ci s’avère payant puisqu’ils ont obtenu l’organisation des Jeux asiatiques d’hiver de 2029, quand bien même leur territoire est fondamentalement désertique, des Jeux asiatiques d’Été de 2034, ainsi que la Coupe du monde de football 2034 alors que leur pays ne vient que tout récemment de se tourner vers le football au niveau national⁶. Leur stratégie de soft power ne s’arrête pas là. Dans le cadre religieux, l’objectif du royaume est d’accroître le nombre de visiteurs pour les pèlerinages (Umrah) à destination de Mecca de 8 millions à 30 millions par an tout en développant le plus grand musée islamique au monde.


De plus, d’un point de vue plus symbolique encore, l’Exposition universelle 2030 a également été briguée dans le but de redorer le blason du royaume à l’international.

En effet, la monarchie est entachée par plusieurs polémiques encore fraîches dans la mémoire des organisations internationales. Plusieurs ONG humanitaires comme Amnesty International dénoncent les violations récurrentes des droits de l’Homme commises par l’Arabie saoudite, parmi lesquelles figurent les interventions humanitaires du royaume saoudien au Yémen qu’elle juge responsable de la mort de milliers de civils⁷. La monarchie saoudienne est également accusée d’exécutions et de répressions contre les opposants au régime, notamment dans l’affaire du journaliste Jamal KHASHOGGI qui adoptait une posture critique vis-à-vis du gouvernement saoudien⁸. Ce passifpourrait être une des explications au premier revers infligé au royaume au mois d’octobre 2024 où son entrée au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, rejetée par l’Assemblée générale des Nations Unies.

Bien que critiquée pour ses atteintes aux droits humains, l’Arabie saoudite tente d’atténuer tant bien que mal ces critiques grâce au soft power évoqué précédemment mais également par des réformes sociales, notamment en augmentant la participation des femmes dans divers secteurs. Ces initiatives visent non seulement à transformer l’image du royaume, historiquement perçue comme très conservateur, mais aussi à engager les jeunes générations saoudiennes dans un récit national plus inclusif et moderne, à l’image du projet Neom.


Projet Neom⁹ : des ouvriers payant le prix de la folie des grandeurs du royaume

Pour concrétiser la Vision 2030 et la stratégie de décarbonation, l’Arabie saoudite est à l’origine d’un des plus grands projets architecturaux jamais entrepris à travers une ville autonome et décarbonée.

Le projet Neom, une mégalopole futuriste, incarne ces ambitions. Au cœur de Neom, « The Line » est conçue comme une ville linéaire de 170 km, fonctionnant théoriquement entièrement à l’énergie renouvelable et sans émissions de carbone. Le projet prévoit également la construction de la plus grande usine d’hydrogène vert au monde, Helios Green Fuels, visant à produire jusqu’à 650 tonnes d’hydrogène vert par jour. Neomintègre encore d’autres idées telles que la gestion intelligente de l’eau, l’agriculture durable dans le désert, et le développement de systèmes de transport propres.

Cependant, ces projets ambitieux font face à des défis, notamment leur coût astronomique et la crédibilité à l’international. En outre, ce projet fait l’objet de nombreuses critiques quant à son éthique¹⁰. En effet, pour le mener à bien, de nombreuses communautés auraient été expulsées de leurs terres d’origine¹¹. De plus, de nombreux témoignages font état de conditions de travail proches de l’esclavagisme¹².




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