Illustrations, Eve – Ange Specht
Récits, Maryline Cannou
On a fait un voyage en france
On est arrivé dans l’hôtel après l’avion. C’était long et il a fait chaud et on a vomi un peu. Maintenant, on attend. On s’amuse. On fait des dessins. On joue près du toboggan. On rit. Les parents sont là. On a des affaires. Pas tout. De quoi pour faire des devoirs. De quoi pour jouer. Bon, on ne peut pas faire n’importe quoi, il faut bien faire attention parce sinon on est grondés-punis. Mais on peut jouer et ça c’est bien. Partout, on peut toujours jouer. La seule chose qu’on aimerait bien, c’est rentrer à la maison. C’est bien la maison. La maison, elle est grande avec une terrasse. Ici c’est petit. C’est bien pour les vacances mais c’est pas une maison.
La France c’est bien sauf la nourriture. La nourriture elle est pas bonne. Maman fait très bien la cuisine. Elle prépare des bonnes choses. Des plats qui ont du goût et qui sentent bon. La nourriture ici, elle est tout pareil. Elle est sucrée et salée et forte comme de la viande avariée. Maman, elle fait des choses douces et parfumées. Elle, elle n’est pas douce et parfumée. Elle crie et elle nous punit. Des fois, elle utilise une baguette qui fait mal. Des fois, elle nous met au coin longtemps. Maman est sévère mais elle nous aime beaucoup et on l’aime beaucoup.
Il faut qu’on soit forts et braves. Il faut qu’on travaille beaucoup et qu’on écoute bien ce qu’il faut faire. Ça tombe bien, mon frère et moi, on est forts et braves. On travaille pas forcément beaucoup. On n’écoute pas toujours. Mais c’est parce que c’est pas toujours juste ce qu’il faut faire et on sait pas si c’est vraiment obligatoire ou pas, surtout en France, parce que en Chine c’est plus clair. En tout cas, pour la maladie qui nous a suivis jusqu’ici, on fait ce qu’il faut faire. Il faut mettre un masque et puis se laver les mains. Comme ça, elle ne peut pas nous attraper. Et on n’aura pas besoin de refaire le test où on nous met un tube dans le nez. Ça fait trop mal. Et papa et maman ne seront pas morts.
Parce que déjà papa il a mal au cœur et maman elle a mal au dos et au bras. Ils sont fatigués aussi. Et ils crient des fois. Ils nous ont emmenés en France pour nous sauver de la maladie. Et on attend que la maladie soit partie pour rentrer en Chine. En France, il y a mamie, papi et tonton. En chine, il y a les copains et l’école. Normalement, on n’a pas l’école ici. Donc on ne devrait pas faire de devoir ici. On n’aime pas les devoirs. Et on ne fait pas trop bien nos devoirs parce que c’est pas normal de faire des devoirs.
On est allé chez une dame et il y avait un monsieur très gentil. Il est chinois comme nous. Il s’est bien occupé de nous. On a fait des dessins. Les parents ils disaient des trucs. Mais nous on faisait des dessins. On les a accrochés sur les murs pour faire joli. On a dessiné la maison, papa et maman, mon frère et moi et la dame et le gentil monsieur. La dame elle était sérieuse et il y avait le monsieur gentil. Et maman a pleuré un peu. Et papa était un peu triste. Mais on sait pas pourquoi, ni quoi faire.
Il y a la maison de mamie
Après on est arrivé chez mamie. Elle est gentille aussi mamie. Sa maison, elle est très grande et très belle. Et elle a un jardin. Et elle est près de la mer. On a pu aller à la mer. Papa et maman se sont disputés, encore. Et mamie s’est disputée avec maman, encore. Tout le monde se dispute tout le temps. Nous on joue. Peut-être que c’est parce qu’ils ne jouent plus à rien qu’ils se disputent. Papa il travaille beaucoup et il discute beaucoup sur son ordinateur. Maman elle fait la cuisine et le ménage. Elle discute beaucoup avec son téléphone. Mamie, elle, elle joue. Alors elle, elle crie moins et elle est moins fatiguée même si elle est plus vieille. Nous on s’amuse bien. Et on fait des devoirs aussi. Mais c’est toujours pas vraiment utile parce qu’il n’y a toujours pas école.
On a fait du jardinage avec des arrosoirs et tout. Les plantes sont bizarres mais ça sent bon. Il y a de la terre et des plantes différentes. Et il y en a qui servent pour faire la cuisine. Maman elle avait l’air heureuse. Elle avait l’air d’avoir moins mal aussi et d’être moins fatiguée. Dans le jardin, elle respire. Elle aime quand c’est propre alors elle a décidé d’arranger le jardin. Comme mamie aime le jardin aussi, elle est contente. Nous aussi parce que comme ça elles ne se disputent pas.
On est allé à la mer aussi. Papa il ne peut pas courir mais il nous emmène à la mer. Il y a du sable et l’eau est froide. On s’amuse bien et papa est content. Il dit que ça nous fait prendre l’air. Nous on comprend pas pourquoi il y aurait plus d’air à la mer qu’à la maison de mamie. C’est pas ce qu’on nous a appris à l’école. Mais on aime bien la mer alors on a rien dit à papa. En plus on ne met plus les masques et on dirait que la maladie a arrêté de nous suivre. Elle a peut-être disparu ou elle est partie ailleurs. De toute façon c’est bien parce que personne n’est mort.
Papa était en vacances aussi et ça c’était bien. Comme ça il est resté aussi avec nous et maman. Et maman, elle était moins fatiguée et elle criait moins. Elle a refait à manger comme en Chine. Et c’était bien. Sauf des fois si on aime pas et qu’elle nous oblige à finir. Mais on a pas été grondés-punis plus que d’habitude. Et mamie a joué avec nous. Et c’était bien aussi même si elle a dit à maman de ne pas nous gronder. Et que papa aussi. Et que maman était triste parce qu’elle fait ça pour nous et que personne ne la comprend mais nous on la comprend. A la maison de mamie, il y a deux maisons. Parce que tout le monde se disputait on est allé dans la deuxième maison. Mamie a eu de la peine. Nous on a suivi les parents. Il faut toujours suivre les parents. C’est comme ça, même si on sait pas pourquoi et qu’eux ils n’ont pas l’air de savoir trop non plus.
Après tout le monde est parti sauf moi
Après je suis parti dans la maison de tonton et tata. Ils m’ont installé une chambre et ils m’ont offert plein de nouveaux jouets. Et tout le monde est reparti en Chine sauf moi. Papa, maman et mon petit frère sont repartis et ils ont dit qu’ils allaient revenir. Au début j’ai trouvé ça normal. Ensuite j’ai trouvé ça bizarre. Maintenant, je suis plusieurs personnes et personne ne sait laquelle je suis. Je peux faire des choses importantes. C’est dans mon imagination. C’est pas pour de vrai. Mais j’ai plein d’imaginations différentes.
Dans ma première imagination, il y a la guerre et je suis tout seul à combattre. J’ai un bouclier protecteur. Je combats des milliards de guerriers qui attaquent. J’ai des armes et je les tue tous. Ensuite, je vais chez eux. Je tue leur chef et je brûle tout. Je suis très content d’avoir gagné et d’être le plus fort. J’ai tué des milliards et des milliards de personnes. Je suis tellement content.
Dans ma deuxième imagination, je suis avec des combattants. Ils sont tous crétins et nuls. Le chevalier noir, la tortue, le guépard. Je prends leurs cerveaux et je jette tous les bouts qui sont idiots. Je les change et je leur redonne. Comme ça, ils deviennent intelligents. Tous les guerriers ennemis sont en slip et leur chef est tout nu. Moi et mon armée, on se moque d’eux. Ils sont ridicules. On les humilie en riant. Et puis je les tue tous. Et je brûle tout. Et je vais voir leur chef tout nu. Et je lui coupe la tête. Je suis très content d’avoir gagné et d’être le plus fort. J’ai tué des milliards et des milliards de personnes. Je suis tellement content.
Dans ma troisième imagination, je parle djzmeioudhkjqhfalgfsnqbgheksqu. J’ai un peu de bave qui mousse entre mes lèvres. Je me cache. Je ne veux pas qu’on me voit. Je n’existe pas. Je me masque avec toutes sortes de masques. Mais ce n’est pas suffisant. Alors je parle sans son et depuis une cachette. Personne ne doit me voir ni m’entendre. Je peux tuer 100 millions de personnes par jour, tous les jours. Je suis une maladie silencieuse et invisible. Je suis ses milliards de virus pleins de bave qui attaquent comme du poison. Je suis celui contre qui il faut se masquer. Ceux qui restent nus sont faibles et ridicules. Alors je suis celui qui sauve de la maladie. Je suis celui qui sauve le monde. Je le tue d’abord en le découpant en petits morceaux. Et je le détruis. Et je m’installe sur une autre planète, sur Mars. C’est le seul moyen. C’est tout.
A la fin tout le monde est revenu avec moi
Et j’ai fait de mon mieux parce que j’aime beaucoup mon papa et ma maman. Mais après ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Ils m’énervent. Et il faut que je les insulte.
Et ça me fatigue aussi. Tout ce français. Et tout qui est difficile. Et je ne connais pas les choses. Et elles changent tout le temps. On a changé de maison. Et après on a changé de maison. Et après on a changé de maison. Et après on a changé de maison. Et après je ne sais pas. Peut-être on va encore changer de maison. Et il y a des parents. Et puis pas de parents. Et des autres parents. Et puis pas de parents. Et des autres parents. Et puis pas de parents. Et je ne sais jamais où on va et si je vais rester tout seul. Et pour combien de temps. Et peut-être que personne ne reviendra.
Alors je suis triste. Peut-être que papa et maman vont repartir en emmenant mon petit frère. Peut-être que je ne les reverrai jamais. Peut-être que je serai tout seul sur terre et que tout le monde va mourir. Alors j’en ai assez et je ne bouge plus. Je veux que ça s’arrête que tout s’arrête de bouger. Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, et c’est tout. Alors je me cache. Je me cache dans mon corps. Dans ma bouche. Dans mon nez. Dans mon pull. Dans mon œil. Dans les objets même.
Heureusement il y a beaucoup des objets. Ils ne parlent pas. Ils ne bougent pas. Ils ne demandent rien. Quand je joue avec eux, ils ne disparaissent pas. Il y a plein de choses qui ne servent à rien. Mais eux, ils peuvent toujours servir à quelque chose. Et ils font tout ce que je leur dis. Et ils m’aident à protéger le monde et tout le monde. Et grâce à eux je peux faire le combat. Et je gagne. Alors, il y a plein de choses dans ma vie. Il y a l’école et les amis. J’aime l’école et mes amis. Je vais au cinéma. Je joue. Je lis. J’aime la mythologie et les énigmes. J’aime beaucoup mon papa et ma maman. J’aime beaucoup mon petit frère et mon grand-père. J’essaie d’être fort et intelligent. Parfois je fais des bêtises. Mais maintenant je m’en fiche un peu parce qu’une dame m’a dit qu’il y a des gâteaux en France qui s’appellent des bêtises et que tout le monde les aime beaucoup. Elle vient et elle arrive toujours à me trouver et elle me parle pareil dans toutes mes imaginations et alors on fait des jeux et je suis heureux.

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